J'ai hésité à écrire cet article, certains le trouveront prétentieux, d'autres inutile...mon but étant juste d'essayer de transmettre mes émotions et les partager. D'ailleurs je l'écris au fur et
à mesure mais je ne le publie pas par peur de l'échec.
Nous sommes le 27 octobre 2009, voilà 2 ou 3 séances que je travaille cette voie, à Saint Sulpice sur Célé, au secteur des
lacets, elle se nomme "le maître décolle, élève la voie". Ce nom bizarre c'est moi qui l'ai trouvé. Il a une explication bien sûr. Il y a moins d'un an cette voie était un 7a muni de quatre
prises collées dont la dernière ascension sous cette cotation est faite par Paupof le 22décembre 2008. Suite à cela Francois Tournois décolle les prises pour laisser cette voie pure, sans
aucun artifice... d'où le nom. C'est sûr la cotation en prend un coup mais cette voie est énorme, magnifique et surtout old school comme j'aime, une belle dalle terrifiante.
Les premiers jours de travail ne sont pas évidents, je bute sur trois pas majeurs, je ne resous pas le crux, bref c'est dur physiquement, les doigts morflent, et psychologiquement c'est le
combat. La dernière séance, le crux est fait, pas nickel mais il passe, le pas central passe à chaque fois mais je bute sur ce p....de pas de départ auquel je ne trouve pas de soution. Mais
je reste têtu: j'y arriverai !
Je maile Francois, je lui raconte un peu, il est le seul que je connaisse qui a réalisé cette voie (la FA bien sûr!). Pour le pas de départ, il me dit qu'il n'est pas bien dur et dynamique.
(et merde je deteste quand c'est dynamique).
Aujourd'hui donc, aprés un échauffement sommaire, je pars poser les paires en sautant le premier pas pour ne pas pas me dérouiller les doigts directement. Le pas central passe, je n'insiste pas
mais je sais qu'il faudra l'améliorer encore. Je vais au crux que j'enchaine avec une deuxieme méthode qui me plait aussi mais que je n'avais jamais réalisée avant. Malgré tout pout moi la sortie
de ce passage reste délicate, je bute dessus puis je la franchis sans être capable de mémoriser l'astuce... bref dans ma tête c'est fait et je n'ai plus qu'a retrouver le "comment".
Lors de la deuxième ascension j'insiste sur ce pas de chiotte au démarrage et je galère: "pas dur qu'il dit l'autre...pfffff dynamique sur des crougnes avec des pieds de meeeeeeeeeeerde..." Ben
dynamisant de tout ce que je suis capable de dynamiser, je ne fais que de m'éloigner de cette prise à atteindre. Puis par élan de clarté, je découvre une prise à gauche ! Oh l'imbécile direz
vous? oui et non parce que en guise de prise il s'agit dun mono doigt d'un demi centimetre de profond.....mmmmmmmhhhhhhh ca donne envie hein? Il n'empeche que cette chose infâme me permet de
monter mon pied gauche et de saisir la prise d'arrivée en STAT !!!!! Je suis très heureux (comme quoi il m'en faut peu) puis je mémorise en répétant la chose...putain ca marche. Puis je
tire à la corde et je vais au crux que j'enchaine et je bosse la partie supérieure. Je retrouve la méthode et j'y ajoute une prise de main que je découvre encore (mais c'est à croire
qu'il y a des prises partout?)
Je suis donc ravi, je décide de laisser mes paires dans la voie, et je retrouve au fond de moi l'envie d'en découdre, de me battre. Je sens cette énergie rennaître, celle qui avait disparu
pendant un temps. Je ne sais pas ce qu'il en est mais j'ai besoin de me prouver que je peux réussir, que je peux le faire sans qu'on me guide pas à pas, bref d'être seul face à la
difficulté. Ca fait du bien, ca me surmotive et là je n'ai qu'une envie: y retourner.
dimanche 15 novembre: la météo est pourrie. Ca fait plus de 15 jours que je n'ai pas pu retourner dans cette voie. mes paires
sont rincées...ca me demange. Le temps passe et j'ai peur d'oublier. j'ai tellement peur que sur le mur j'ai reproduit une voie avec les 3 mouv' durs de ce 8a. je l'ai enchainé au premier essai.
J'ai recu aujourd'hui un "encouragement" bizarre, je ne comprends pas mais ce n'est pas grave. J'ai tres envie d'y retourner tenter ma chance. Peut etre un espoir demain après midi? si Jean
Pierre est dispo. Pas facile de lier météo, travail et envie...
lundi 16 novembre: yeeees il a fait beau, 20° à l'ombre ! je suis motivé mais ca commence pas très bien. J'arrive et je
m'apercois qu'on m'a volé les degaines que j'avais laissées en place. (cf l'article sur le blog). ca m'emmerde mais bizarrement ca n'altère pas ma détermination. Mon inquietude est de savoir si
j'en ai assez pour aller dans la voie...ouf oui ! je m'echauffe tres vite, et j'attaque ma première ascension dans la voie en posant les paires donc ! je memorise le premier mouv' mais je ne le
fais pas pour pas m'exploser les doigts. J'arrive au 2nd mouv' dur. j'essaie et ca me "déchire" l'épaule. Sur le mur j'ai tracé ce mouvement mais je change de main! Du coup je tente le changement
de main et çà marche, c'est nettement moins aléatoire comme ca ! je suis ravi. Puis j'arrive au crux. Là impossible, les mains zippent, ca tient pas, je suis décu mais je mémorise encore le
passage, puis enfin le dernier mouvement dur, c'est un échec, impossible de maintenir la fermeture. Lors de la redescente , je tente de me rassurer en me disant que je ne suis pas assez
chaud que le cailloux transpire la pluie des derniers jours (c'est possible ca, docteur?). Bref je faisais pas le malin du tout.
Je decide de faire la seconde ascension en moul' (on manque un peu de temps...). Je tente d'aller le plus loin possible. J'enchaine le premier mouv' nickel avec un nouveau pied terrible, j'arrive
au second et BAM, un changement de pied jamais travaille: sanction. Je le travaille donc. Puis tout le reste passe. Me voila rassuré et surmotivé de nouveau: prions pour que la météo soit
clémente jeudi !
jeudi 19 novembre: météo nickel aujourd'hui des conditions de grimpe d'enfer. On est de retour avec JP mais juste à 13h ce
coup ci. On s'échauffe un peu et hop je vais mettre les paires. Incroyable TOUS les mouv' durs passent du premier coup sauf le premier que je ne fais pas à la premiere ascension, les prises sont
trop petites et ca tiiiiiiiiiiiire. je suis absolument ravi de ce passage. Je fais la manip en haut je recupère immediatement car j'ai peur d'être privé de temps, je dois m'occuper de mes
enfants, et puis pas questions de laisser quoique ce soit dans la voie. Puis JP travaille sa voie, je me repose pendant ce temps. A la suite de ca je décide d'aller le plus loin possible dans la
voie, en mob donc, pour travailler l'effort, les repos et l'enchaînement des parties...et miracle j'enchaîne la voie. Mon sentiment est mélé de joie, toutes mes methodes fonctionnent et de
regret, pourquoi j'ai pas tenter en tête, aurai je réussi? Quoi qu'il en soit, je suis donc prêt à livrer mon combat d'essai(s), je suis surmotivé, je la connais par coeur, je peux la reciter la
nuit dans mon lit (ca c'est un signe !) putain j'y retourne quand????
Jeudi 26 novembre: c'était mon premier essai dedans et la première fois que je clipais les paires...je suis tombé le nez sous le
bac de la victoire, comme d'habitude...c'est une très mauvaise habitude. Il me restait uniquement ce bac à saisir mais mon bras gauche a pris feu d'un coup, une hésitation sur la main
droite et gamelle alors que tout est passé, tout le dur...je me console en me disant qu'au moins tous les clipages se font. Je vous dis pas les boules...
samedi 13 mars: non vous ne revez pas, il y a bien 3 mois qui se sont ecoulés...météo, boulot et cie font que parfois c'est pas
tout simple. Je retourne à Saint Sulp, pour me prendre une branlée. je suis persuadé que je vais en chier techniquement et physiquement. Ca doit etre un jour de chance, tous les mouv' sont
toujours dans ma tête et tous passent encore, cela me ravit énormément. je décide de me finir en faisant une ascension en mob pour tester le physique global...j'enchaine de nouveau la voie!!! la
vache ca fait un bien fou, le moral est remonté d'un coup, j'y retourne jeudi si la meteo le permet et je vais tout faire pour l'enchainer...je croise les doigts, j'ai le coeur qui bat tres fort
et j'ai la tete a bloc.
jeudi 18 mars: la météo est excellente, et nous voila donc au pied de la falaise. L'humeur est bonne, le rythme léger, c'est bon,
c'est agréable. On s'échauffe tout en discutant, tranquillement, puis vient le moment de poser les paires. Je profite de cette ascension pour peauffiner méticuleusement le moindre détail, la
moindre prise, le moindre pied, le moindre repos...bref tout ce qui pourrait me permettre de réussir. Les mouv' se font bien, je soigne tous les moments de clipages et me voila de retour au sol,
je zappe intégralement le premier mouvement. Je me pose et me repose, je prend mon temps je n'ai pas de pression, je sais que je dispose en gros de deux essais, après les cartouches seront vides.
13h30: je pars dans la voie. Je suis dans un autre monde, concentré et stressé mais je sais que toutes mes methodes passent nickel. Tout se déroule correctement et me voila de nouveau avec la
même prise dans la main avec laquelle j'ai chu la derniere fois. Je fais tout pour rester concentrer à mort. J'ai bien utilisé mes repos précedents, je ne suis pas cramé. j'annonce à Lionel qui
m'assure que je vais cliper, je commence à me mettre en place et là je me rend compte que je vais y laisser trop d'énergie. Je change immédiatemment d'avis et je lui dis que je cliperai plus
haut. J'engage le mouvement, je place mon pied gauche comme prévu à la dernière séance je lolotte, ca monte et ...ca passe, j'ai le bac en main droite, je hurle de joie, ca me libère. Je me calme
et je saisis l'autre prise pour cliper cette degaine qui est a mon ventre. Je ne me précipite pas et je profite, la fin de la voie est tellement plus facile, mais je suis capable d'y chuter (si
si je vous jure). Enfin je rejoins le relais et je me lâche de bonheur. Ce moment là est unique et tellement intime. Au moment où j'écris je n'en reviens toujours pas.
epilogue: plus que la difficulté, cette voie représente beaucoup pour moi: trouver les solutions seuls, le dépassement et la
volonté d'aboutir, le travail avec patience...Mais aussi la participation de tous ces gens qui ont eu la gentillesse d'être là pour m'assurer autant pour les moments de travail, que la pose des
paires et enfin lors des 2 essais. Lionel et Jean Pierre, vous vous êtes appliqués à mort pendant les essais. Merci à tous ce qui m'ont permi de réaliser ce projet, merci beaucoup.
Votre blogmestre ;)